Se défier de l’opinion majoritaire.

Pour mener sa vie, accomplir un acte, avoir une opinion, adopter une attitude, il n’y a pas de voies tracées ou divines, ni de préceptes, de règles ou de maîtres. Nous sommes livrés à nous mêmes, à notre culture, et, le cas échéant, à notre expérience.
Pourtant il y a une précieuse indication qui nous indique le mauvais chemin.
En effet la voie suivie par le plus grand nombre, l’opinion du plus grand nombre, de la majorité, de la masse est toujours une mauvaise voie, une mauvaise attitude qu’il convient scrupuleusement de ne pas suivre.
Est-ce à dire qu’il faille forcément adopter la voie exactement contraire ou aller toujours contre l’opinion du plus grand nombre ? Non, mais il s’agit de ne jamais l’adopter et encore moins de la suivre.
Pourquoi la majorité a toujours tort nous menant dans une impasse aliénante ?
Considérons que l’identité d’un individu, d’un être et, a fortiori, d’un citoyen se résume à sa singularité. C’est considérer l’existence comme une œuvre d’art et nous considérer comme des artistes de notre propre existence, des auteurs du roman de notre vie. Notre identité se résume et réside dans la somme de nos singularités. Le reste est soumission à un ordre établi dont la fonction est toujours de tuer les singularités, autant dire les identités.
Comment se forge l’opinion publique, la pensée dominante ?
Par la somme des renoncements individuels, par l’aveuglement des foules, par le mimétisme, la lâcheté, la peur, l’idéologie, le conformisme, la mode, l’imitation, la cupidité et autres veuleries. Quand on pense comme tout le monde on a cessé de penser.
La masse est toujours lieu de perdition de l’être. Il convient de s’en distinguer en toutes circonstances, autant que faire se peut, dans le cadre de la préservation de notre être et du bien commun. Cela n’est pas nécessairement héroïque, parlons de vigilance, de prudence, d’authenticité, d’une vertu profonde, d’une générosité consistant à garder intacts notre singularité et notre engagement permanent.
L’artiste ne peut que se distinguer, il ne peut se fondre. L’œuvre d’art ne peut copier, elle est singulière et étonnante. Idem pour l’individu et/ou le citoyen considérés de facto comme l’être artiste de sa vie et de sa cité.
La servitude volontaire consiste à croire, ou a feindre de croire de mauvaise foi, que l’opinion commune est une opinion qui nous appartient en propre qui garde intacte notre liberté et notre singularité. C’est renoncer à être soi, à être tout simplement, renoncer à se distinguer.
L’opinion commune se forge en tuant toutes les singularités sur son pas sage et il ne subsiste que le plus petit commun dénominateur d’une pensée assassine des singularités. L’opinion commune, majoritaire, du plus grand nombre, du pouvoir ou de la masse, est l’oraison funèbre et funeste de notre singularité et de notre liberté. Elle doit être combattue le plus souvent, méprisée parfois et mise en doute toujours.
L’opinion majoritaire n’est en réalité pas une opinion réfléchie et fondée. Elle n’est pas humaine en ce qu’elle n’est que le moule, que le rouleau compresseur à broyer les identités, les opinions de chacun. Si l’intérêt général n’est, heureusement, jamais la somme des intérêts particuliers, l’opinion de la majorité n’est pas la somme des opinions individuelles mais seulement leur plus petit commun dénominateur, un appauvrissement. L’opinion majoritaire ne reflète aucune opinion individuelle sauf celle du guide suprême en cas de dictature.
L’opinion de la masse, dominante, de l’ordre établi, est un professeur par l’exemple négatif qu’il convient de ne jamais suivre. Bonne et belle indication pour mener sa vie.
Souvent l’opinion de la masse majoritaire, majorité silencieuse, conforte le pouvoir et nous devons résister et nous distinguer devant l’un et l’autre, dans un même mouvement réflexe et raisonné. Parfois la masse se heurte au pouvoir et nous sommes alors en présence de deux écueils, deux pièges : servir le pouvoir et ce serait un crime, suivre la masse et ce serait une faute. L’effort existentiel consiste, quand les monstres s’entretuent à ne pas s’aligner sur l’un d’eux.
Les minorités méritent souvent notre faveur car elles sont le plus souvent opprimées par la majorité ou le pouvoir. Ce dans la mesure où elles n’ont pas une visée hégémonique ou identique à ce qu’elles combattent. Par exemple une guerre de religion est une guerre entre deux monstres. Un conflit entre un patronat cupide et un syndicat productiviste l’est autant. Les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis. Pour autant la juste revendication de conditions correctes et écologiques de production est une voie à suivre.
De nous-mêmes nous constituons une minorité et devons le rester.
Une excellente chose serait que les institutions fassent la part belle aux minorités. Une des conditions pour qu’une majorité soit légitime exige que les conditions de l’alternance existent pleinement c’est à dire qu’une minorité puisse aisément devenir majoritaire.
Parenthèse, et exemple dramatiquement proche, ce n’est en rien le cas sous la 5ème République avec son régime de monarchie présidentialiste tout à l’avantage des appareils partidaires de droite et de gauche, monstres politiques fondés sur le pouvoir personnel, illégitimes et qui cautionnent ce régime. Là, pas d’alternances véritables mais une succession de partis monarchistes au pouvoir.
Pour d’autres régimes, plus démocratiques sur ce point, en Allemagne ou en Scandinavie par exemple, cette condition est mieux remplie mais d’autres conditions manquent à l’appel. Ajoutons que la légitimité d’un pouvoir ne signifie jamais qu’il faille le suivre, le servir ou l’approuver forcément.

Dans une élection celui qui a voté pour le vainqueur doit prendre cela gravement et s’interroger sur sa part de servitude. Le plus souvent c’est une bonne nouvelle pour lui et le vainqueur mais une mauvaise nouvelle pour notre humanité. Autre exemple proche : tous ceux qui appartiennent à la majorité des abstentionnistes en France se vautrent à chaque élection dans la servitude volontaire passive mais bel et bien majoritaire. C’est devenu le comportement dominant servant l’ordre établi. Il est à combattre frontalement et, pour le réduire à néant, nous proposons : l’incitation fiscale au vote, la reconnaissance comptable et politique des votes blancs par un tirage au sort d’élus au prorata de leur nombre, la forte représentation des minorités dans les assemblées et le contrôle de Conseils tirés au sort sur les Assemblées d’élus.
Dans une élection, plus l’opinion majoritaire domine et moins l’élection est démocratique. Les dictatures obtiennent des scores généralement écrasants.

Un mot aussi sur la veulerie politique. Lors des années 90 le Front Nazional, pourquoi tant de N ?, sortait une affiche intitulée tout simplement : « Vos idées sont les nôtres. »
On atteint là au paroxysme de la veulerie, de la lâcheté, de l’opportunisme, du populisme, de l’immoralité et de l’indignité politiques. Nous touchons là au cœur de la négation de la fonction du politique qui consiste à éclairer sur des idées nouvelles et non à conforter l’ordre établi et à s’y vautrer. Là la volonté perverse de vouloir saisir le plus petit commun dénominateur de la masse se traduit par le plus grand degré d’abjection politique. C’est un social fascisme à l’état pur, une bestialité. D’ailleurs le leadeur du FN a souvent lâché et revendiqué : « Nous sommes la petite bête qui monte, qui monte… » Entendez nous sommes la bête immonde s’appuyant sur la grande bêtise qui monte. Lorsqu’il dit « c’est un détail » c’est bien qu’il pense « c’est un bétail ». Il y a de la retenue dans sa déclaration… Ainsi les « sidaïques » rejoignent dans les mémoires les judaïques. Et sans limites dans l’abject, les « fédérastes », adjectifs insultant pour qualifier les partisans du fédéralisme, sont assimilés aux pédérastes. La fille marine tout cela en eSSeyant de gommer ce qui transpire sans ceSSe. « Cachez cette oriflamme néo-fasciste que je ne saurais voir » dit l’électeur pétainiste et qui en redemande.*(La flamme des néo-fascistes italien du MSI est reprise intégralement par le FN et la couleur vert blanc rouge italienne est remplacée par le tricolore français.

Ceux-là, comme les Verts et le PCF, sont favorables à la démocratie référendaire. Hors le référendum est le moment de la plus grande manipulation sur la question posée, sur qui la pose, sur à qui l’on s’adresse et à quel moment on l’adresse. C’est souvent un plébiscite de pure manipulation de pouvoirs qui cherchent à se revigorer. Souvent la question est évincée : A la question « Voulez-vous réformer le Sénat sous entendu : et sinon je m’en vais ? », on répond « NON car on est plutôt d’accord pour qu’en effet tu te retires ». Tous les référendums sont à l’avenant. Le référendum sur la constitution européenne fut mémorable en ce sens qu’il y avait, au fond, autant de raisons légitimes de dire oui que de dire non ! Le peuple, las du pouvoir et mécontent, a répondu non. Peu à voir avec l’Europe. Le référendum c’est bien l’aveu que la démocratie représentative ne fonctionne pas ou plus.

La composition vitale, existentielle et citoyenne, peut et doit affirmer sa singularité, l’afficher et la revendiquer autant que possible ou la cacher s’il s’agit de la préserver.

Pour autant :
1 Doit on refuser la « démocratie » ?
2 Doit on ne jamais côtoyer la majorité et ne jamais en faire partie ? Doit on refuser de chercher à ce que nos idées soient un jour majoritaires ?

1 La démocratie oui mais laquelle ?
Oui à la démocratie qui ne se paie pas de mots et qui ne cache pas une démocrature. Oui au pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple. Autant dire non à la monarchie présidentialiste de la 5ème République parfaitement et définitivement non démocratique.
La démocratie représentative élective devrait permettre d’avoir une Assemblée Nationale incarnant, autant que faire se peut, la volonté du peuple. La démocratie conseilliste du tirage au sort devait l’accompagner et la complêter.

Quelques conditions minimales à la démocratie ? Les propositions des Esprits libres :

- Aucune instance ou élection au dessus de l’élection législative et de l’Assemblée Nationale. Cela implique la suppression de l’élection du président au suffrage universel direct et un président simple arbitre comme partout en Europe.

- La parité à l’Assemblée Nationale. C’est une revendication majeure à notre époque où toutes les assemblées deviennent paritaires SAUF l’Assemblée Nationale ! Suivez mon regard… sur les gros machos qui y siègent… L’exigence de parité est un argument supplémentaire pour faire disparaître la présidentialisation toujours revenue à un monarque homme jusque là. Notez qu’une femme présidente ne donnerait pas une « parité » au sommet !
La garantie d’une majorité, c’est à dire une prime au gagnant à chaque élection, afin de ne pas retrouver une 4ème République à laquelle il manquait la stabilité gouvernementale.

- La représentation maximale des minorités. Une répartition de 55% des sièges à la majorité et de 45% pour la représentation proportionnelle des minorités serait conforme à l’esprit démocratique.

- Chaque assemblée, nationale, régionale, communale doit être doublée d’une assemblée conseil tirée au sort et qui étudie en deuxième lecture avec moyens et publicité des débats.

- Le choix du fédéralisme à tous les niveaux, européen dans la zone euro et national entre les régions et communes.

- Le vote blanc reconnu. Tirage au sort également pour représenter les votes blancs au prorata dans l’Assemblée élue. 10% de votes blancs donnent 10% d’élus tirés au sort.

- L’inscription automatique sur les listes du lieu d’habitation. L’incitation fiscale au vote avec retenue sur le Revenu Commun pour les abstentionnistes.

Une démocratie paritaire, parlementaire conseilliste, majoritaire à dose maximale de proportionnelle, fédéraliste européenne, voilà notre choix.

2 Doit-on ne jamais côtoyer la majorité et ne jamais en faire partie ? Doit- on refuser de chercher à ce que nos idées soient un jour majoritaires ?
Il y a majorité et majorité, majoritaire et majoritaire. Lorsque nous votons pour le sinistre droitier monarchiste Mitterand pour virer Giscard ou pour le « normal » Hollande pour dégommer le bling bling agité Sarkozy c’est sans aucune illusion. Mitterand, décoré de la francisque qui a mené la politique coloniale en Algérie et fait fusiller des militants servant la cause de l’indépendance algérienne, n’a pas notre sympathie et nous n’attendons rien non plus de Hollande. Pour autant nous sommes du moment majoritaire de fait en votant Hollande contre Sarkozy. Mais cela ne constitue pas une adhésion à la majorité présidentielle. Nous restons une minorité dans la majorité. La majorité présidentielle croyait naïvement au « changement maintenant » et à nous ne savons quelles promesses qui auraient été faites par Hollande ! Nous n’appartenons pas à cette majorité de naïfs qui entend des voix et pourtant, le soir du vote, nous sommes majoritaires avec ces naïfs ! Adhérer au « moment majoritaire » ne signifie pas adhérer à la « majorité ».

Par ailleurs, et ce n’est pas contradictoire pour qui se donne la peine de bien lire, nous cherchons toujours à être majoritaires. C’est tout le sens du combat politique. Mais si nous devenons majoritaires sur nos idées il conviendra de s’en défier et de chercher des idées nouvelles pour faire avancer cette majorité, pour qu’elle change et évolue, il conviendra de soutenir les minorités novatrices qui ne manqueront pas d’émerger même et y compris dans un cadre où nos idées deviendraient majoritaires. D’ailleurs une majorité se juge à l’aune de son égard pour les minorités. Et ce sont des idées minoritaires qui feront avancer notre majorité.

En Esprits Libres, pour illustrer et pour être à la hauteur de notre contemporanéité, nous reviendrons sur la nature et les conditions d’exercice de la 6éme République démocratique libérale-libertaire, distributiste, écologiste, européiste, fédéraliste et conseilliste, que nous préconisons. Ce afin que la majorité opprime le moins possible et afin que la singularité de chacun soit préservée autant que faire se peut.
En Esprits Libres nous ne proposons pas un idéal mais nous proposons un autant que faire se peut, un possible ici et maintenant.

Le 20 08 14 Jean-Pierre ROCHE – Les Esprits Libres

 

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